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Bobo ou survivaliste ? Voici la troisième voie

26 Juil 2026 | Podcast

: ; Sommaire de l'article

J’explore une vie alternative au survivalisme depuis des années. Je m’en inspire régulièrement mais je ne l’a copie pas et je vais vous expliquer pourquoi.

Depuis plusieurs années, je réduis ma consommation, je produis une partie de ma nourriture, j’élève des poulets, j’installe des panneaux solaires, j’isole ma maison et j’essaie d’apprendre régulièrement de nouveaux savoir-faire. Pour certains, cela fait de moi un survivaliste qui attend l’effondrement dans son jardin.

Mais, dans le même temps, j’investis beaucoup. Dans mon entreprise, dans des locaux, des terrains, du matériel, de l’énergie ou dans l’amélioration de mon habitat. J’essaie aussi d’optimiser intelligemment mes structures et mon argent. Pour d’autres, cela fait de moi un méchant capitaliste.

Alors, suis-je un bobo écolo ou un survivaliste ? Un décroissant ou un capitaliste ?

Probablement un peu de tout cela. Mais surtout, je refuse de choisir entre deux caricatures.

D’un côté, je ne me reconnais pas dans le survivalisme du bunker, des armes et des stocks de conserves, où le voisin devient rapidement un pillard potentiel. De l’autre, je ne crois pas non plus à une écologie totalement dépendante d’un système gigantesque, dans laquelle il suffit de vivre sans voiture dans un petit appartement pour oublier que notre eau, notre nourriture, notre énergie et nos objets viennent toujours de quelque part.

Je cherche donc une troisième voie.

Une manière de devenir plus libre et plus robuste face aux crises, sans vivre dans la peur et sans attendre que l’État, Amazon ou une application prennent en charge chacun de mes besoins. Une voie dans laquelle on peut entreprendre, investir et gagner de l’argent, mais en orientant cette valeur vers des projets utiles. Une voie dans laquelle on réduit ses dépendances sans prétendre pouvoir vivre seul.

Car l’autonomie complète n’existe pas. En revanche, nous pouvons choisir davantage nos dépendances, retrouver des compétences, renforcer nos relations locales et investir dans ce qui améliore réellement notre vie.

Dans cet article, je vais donc commencer par expliquer pourquoi cette alternative au survivalisme, selon moi, les survivalistes se préparent souvent aux mauvaises crises. Nous verrons ensuite pourquoi le mode de vie urbain, malgré ses avantages écologiques réels, repose sur une dépendance immense et largement invisible. Enfin, je présenterai la troisième voie que j’expérimente au quotidien : reprendre progressivement le contrôle de nos besoins essentiels, sans renoncer aux autres ni à l’économie.

1. Pourquoi les survivalistes n’ont rien compris

Avant de critiquer les survivalistes, il faut déjà distinguer plusieurs pratiques que l’on mélange souvent.

  • Le survivalisme consiste à se préparer à une crise durable, à une rupture importante de la société, voire à un effondrement.
  • Le prepping consiste plutôt à être capable de traverser une coupure électrique, une pénurie, une catastrophe naturelle ou une évacuation temporaire.
  • La survie en pleine nature et le bushcraft, comme chez les scouts ou dans les émissions de Bear Grylls, consistent à savoir vivre temporairement dehors avec peu de moyens.

Au départ, les principes du survivalisme peuvent faire envie. On y parle d’autonomie, d’eau, de nourriture, d’énergie, de compétences pratiques et de protection de sa famille.

Sur le papier, beaucoup de ces idées me parlent.

Mais lorsque je regarde certains contenus survivalistes attentivement, la recherche d’autonomie tourne assez vite à ce que j’appelle un individualisme bunkérisé.

L’idée n’est plus seulement de devenir plus autonome. Elle devient progressivement :

  • protéger son terrain ;
  • protéger ses réserves ;
  • protéger sa famille ;
  • s’armer contre ceux qui pourraient venir prendre ce que l’on possède.

On ne se prépare plus seulement à une crise. On se prépare surtout contre les autres.

Piero San Giorgio et la Base autonome durable

Piero San Giorgio est l’une des références les plus connues du survivalisme francophone. Il a notamment popularisé la notion de Base autonome durable, souvent appelée BAD.

Une Base autonome durable est un lieu rural capable de fournir à ses habitants :

  • de l’eau ;
  • de la nourriture ;
  • de l’énergie ;
  • de la sécurité ;
  • de l’entraide ;
  • et une certaine autonomie face au fonctionnement normal de la société.

Dit comme cela, le principe est intéressant. J’ai moi-même une partie de ces réflexes dans ma vie : un potager, des poules, des panneaux solaires, du stockage, des outils et une volonté de mieux comprendre mes besoins essentiels.

Mais lorsque je regarde les vidéos de Piero San Giorgio, je ressens rapidement un décalage entre le discours et ce que j’observe.

J’entends beaucoup parler de stocks, de médicaments, de viande, de sécurité et d’armes. Mais je vois beaucoup moins de place accordée à la condition physique, à l’activité sportive, à la prévention, à la qualité de vie et à l’épanouissement du foyer.

Dans les vidéos que j’ai regardées, Piero ne me donne pas l’image de quelqu’un particulièrement en forme physiquement. J’ai également l’impression d’un univers très tourné sur lui-même. C’est évidemment une perception personnelle à partir de ce qu’il choisit de montrer publiquement, mais elle m’interroge.

Car si l’on veut réellement se préparer aux crises, le premier outil de survie devrait probablement être son propre corps.

Avant d’acheter une nouvelle arme ou plusieurs mois de médicaments, il serait peut-être plus utile de :

  • faire davantage de sport ;
  • améliorer son alimentation ;
  • mieux dormir ;
  • travailler sa santé mentale ;
  • entretenir de bonnes relations avec sa famille et son entourage.

Quand on creuse davantage le parcours de Piero San Giorgio, on découvre également des relations répétées avec l’extrême droite radicale, notamment une collaboration durable avec Alain Soral, ainsi que plusieurs déclarations qui ont provoqué des polémiques.

Ce n’est pas totalement surprenant. Une certaine branche du survivalisme partage avec les discours identitaires une vision très méfiante de la société : le monde extérieur devient dangereux, les institutions vont s’effondrer et les autres finiront par venir prendre ce que l’on possède.

Vol West et l’imaginaire survivaliste américain

Je retrouve quelques traits similaires chez Vol West, un Français installé dans le Montana, aux États-Unis.

Je ne dis pas que son parcours ou ses idées politiques sont identiques à ceux de Piero San Giorgio. Mais son univers reprend plusieurs éléments du survivalisme américain :

  • la méfiance envers les institutions ;
  • la responsabilité individuelle poussée très loin ;
  • la défense de son foyer ;
  • la culture des armes ;
  • la volonté d’être prêt lorsque le système ne fonctionnera plus.

Là encore, certaines idées sont intéressantes. Mais la préparation semble souvent tourner autour de la capacité à se défendre contre les autres plutôt que de la capacité à construire quelque chose avec eux.

Le survivalisme adore les scénarios de science-fiction

Le survivalisme classique adore les scénarios spectaculaires, directement tirés des films de science-fiction :

  • une panne générale ;
  • l’effondrement de l’État ;
  • des pillages ;
  • une rupture totale des approvisionnements ;
  • et finalement, chacun pour sa gueule.

Je ne dis pas que ce genre d’événement est totalement impossible. Une guerre, une catastrophe naturelle ou une panne majeure peuvent provoquer une rupture brutale.

Mais les crises les plus probables montrent déjà le bout de leur nez, et elles sont beaucoup moins cinématographiques.

Elles ressemblent plutôt à cela :

  • une énergie plus chère ;
  • des assurances qui augmentent ;
  • des sécheresses répétées ;
  • des récoltes moins stables ;
  • des services publics qui se dégradent ;
  • des logements de plus en plus coûteux ;
  • des tensions politiques ;
  • une précarité qui progresse ;
  • des épisodes climatiques plus fréquents et plus violents.

Ce ne sont pas forcément des crises qui arrivent en une nuit. Elles peuvent s’installer progressivement pendant plusieurs années.

Dans ce monde-là, avoir trois armes et six mois de conserves aide finalement assez peu.

Si l’énergie devient trop chère, il faut surtout avoir un logement correctement isolé.

Si les assurances augmentent ou refusent de couvrir certains territoires, il faut avoir anticipé les risques liés à son habitat.

Si les récoltes deviennent moins stables, il faut développer une agriculture locale plus robuste et apprendre à produire une partie de sa nourriture.

Si les services publics se dégradent, il faut renforcer les compétences, les relations locales et les réseaux d’entraide.

Si le logement devient trop coûteux, il faut éviter de passer sa vie étranglé par les crédits et les charges.

La vraie préparation aux crises ne consiste donc pas uniquement à stocker du matériel. Elle consiste à rendre sa vie progressivement plus solide.

Dans les catastrophes, les gens commencent souvent par s’entraider

L’autre faiblesse du survivalisme classique est de considérer que, dès que les institutions ne fonctionneront plus correctement, les autres humains deviendront automatiquement des ennemis.

Pourtant, dans de nombreuses catastrophes réelles, les premiers réflexes des habitants sont souvent de :

  • secourir ;
  • héberger ;
  • partager ;
  • déblayer ;
  • transporter ;
  • cuisiner ensemble ;
  • organiser et faire circuler les informations.

Bien sûr, il existe aussi des vols, des violences et des personnes qui profitent du chaos. Il ne faut pas être naïf.

Mais l’idée selon laquelle la société se transformerait instantanément en guerre de tous contre tous me paraît surtout nourrie par les films, les réseaux sociaux et certains discours politiques.

Je retrouve le même mécanisme dans une partie des discours identitaires.

Plus on présente les autres comme une menace, moins on construit de relations avec eux.

Et moins on connaît les autres, plus il devient facile d’en avoir peur.

Les algorithmes terminent ensuite le travail en nous montrant toujours davantage de contenus qui confirment notre manière de penser.

C’est ce que l’on appelle le biais de confirmation.

Si je commence à croire que la société va s’effondrer et que mes voisins viendront voler ma nourriture, je vais regarder des vidéos qui me montrent des pillages, des violences et des pénuries.

Plus je regarde ces contenus, plus je crois que ma peur est justifiée.

Plus j’ai peur, plus je me replie et plus je m’équipe contre les autres.

Et plus je me replie, moins je prends le temps de créer des relations capables de m’aider réellement en cas de crise.

Le survivalisme peut alors finir par nourrir ce qu’il prétend craindre.

À force de voir des ennemis partout, on construit une société dans laquelle les gens ne se parlent plus, ne se connaissent plus et ne se font plus confiance.

Pour ma part, je préfère avoir de bons voisins, des amis fiables, les numéros d’artisans compétents et des producteurs locaux plutôt qu’une collection d’armes.

Car face aux crises qui arrivent, notre force ne viendra probablement pas de notre capacité à vivre seuls derrière une clôture.

Elle viendra surtout de notre capacité à être en bonne santé, à produire certaines choses et à coopérer avec les personnes qui nous entourent.

2. Pourquoi les bobos de la ville n’ont rien compris non plus

Je vais quand même commencer par être honnête : vivre en ville peut être plus écologique que vivre à la campagne.

Un Parisien qui vit dans 35 m², qui n’a pas de voiture, marche beaucoup et utilise les transports en commun peut avoir une empreinte bien plus faible qu’une personne vivant dans une grande maison rurale chauffée au fioul et faisant cent kilomètres par jour en voiture.

Je ne vais donc pas vous raconter que la campagne est écologique par nature. Ce serait faux.

Mais cette sobriété urbaine est aussi extrêmement dépendante d’un système immense que l’on ne voit presque plus.

La ville a séparé les lieux où l’on consomme des lieux où l’on produit

En ville, acheter local en bas de sa rue, c’est évidemment mieux que rien.

Mais cela ne change pas le problème de fond : nous avons séparé les lieux où l’on consomme des lieux où l’on produit.

La nourriture, les matériaux, l’énergie et les objets arrivent de loin. Et plus on éloigne la production de la consommation, plus on dépend du transport, de la logistique et de chaînes d’approvisionnement complexes.

Or le transport est l’un des principaux secteurs responsables des émissions mondiales de gaz à effet de serre, derrière la production d’électricité.

Le citadin voit rarement la production réelle de ce qu’il consomme.

La viande arrive découpée. Les légumes sont propres. L’électricité sort de la prise. L’eau sort du robinet. Les déchets disparaissent dans une poubelle.

Tout est externalisé.

Les champs, les élevages, les carrières, les usines, les entrepôts et les centres de traitement des déchets sont ailleurs. La ville paraît propre parce qu’elle a déplacé une grande partie de ses nuisances hors de ses murs.

Des cages à lapins dans beaucoup de béton

La ville, c’est aussi beaucoup de béton et des logements de plus en plus petits.

On entasse les gens dans des cages à lapins en leur expliquant parfois que c’est moderne, pratique et écologique.

Le principe fonctionne très bien pour produire des poulets ou des lapins. Mais chez les humains aussi, cela finit par provoquer quelques effets de bord.

La fabrication du ciment est, avec celle de l’acier, l’une des industries lourdes les plus émettrices de CO₂ au monde. À elles deux, l’acier et la cimenterie représentent environ 14 % des émissions mondiales de CO₂.

À cela s’ajoutent les conséquences d’un environnement très urbanisé :

  • la pollution liée aux particules fines ;
  • les problèmes respiratoires et les allergies ;
  • le bruit ;
  • la chaleur accumulée dans le béton ;
  • le manque d’espace et de nature ;
  • une certaine vulnérabilité psychologique.

Je ne dis pas que tous les habitants des villes vont mal. Je dis simplement que vivre entouré de béton, de circulation et de milliers de personnes sans forcément connaître ses voisins n’est peut-être pas aussi équilibré qu’on veut parfois nous le faire croire.

La sobriété urbaine reste très dépendante

Le vrai problème, selon moi, est là.

Le citadin peut être très sobre dans sa consommation directe tout en dépendant presque entièrement du système pour répondre à ses besoins essentiels :

  • se nourrir ;
  • se chauffer ;
  • avoir de l’eau ;
  • se déplacer ;
  • se soigner ;
  • travailler ;
  • faire réparer ses objets.

Il possède rarement de quoi stocker, produire ou réparer beaucoup de choses lui-même.

Lorsque le système fonctionne, cette organisation est très efficace. Mais lorsqu’il se grippe, l’individu dispose de peu de solutions de repli.

On l’a notamment vu pendant la crise du Covid. Une partie des citadins a redécouvert brutalement la valeur :

  • de l’espace ;
  • de la nature ;
  • d’un balcon ou d’un jardin ;
  • d’un logement capable d’être réellement habité toute la journée.

Un petit appartement est très pratique lorsque l’on passe une grande partie de sa vie au travail, dans les transports, dans les cafés, les restaurants ou les lieux culturels.

Il l’est beaucoup moins lorsqu’il devient du jour au lendemain l’unique endroit où l’on doit vivre, travailler, faire du sport, occuper ses enfants et conserver un semblant d’équilibre.

Toutes les villes ne se ressemblent pas

Je ne veux pas non plus mettre toutes les villes dans le même sac.

Des villes comme Lyon, Grenoble, Chambéry ou Strasbourg montrent qu’il est possible de construire un environnement urbain plus agréable, avec davantage de transports collectifs, de pistes cyclables, de proximité avec la nature et de possibilités de sortir rapidement du béton.

Le problème n’est donc pas simplement la ville.

Le problème est une ville qui concentre les habitants, éloigne les lieux de production, rend les besoins essentiels invisibles et finit par faire croire que l’on peut vivre sans dépendre des territoires qui nous nourrissent.

Le bobo urbain peut critiquer la campagne, la voiture, l’élevage ou les maisons individuelles. Mais son mode de vie repose lui aussi sur une énorme quantité d’énergie, de matériaux, de travailleurs et de marchandises venus d’ailleurs.

Il consomme peut-être moins directement, mais il dépend davantage.

3. La troisième voie : reprendre le contrôle de ses besoins primaires pour sauver ses fesses

Je préfère parler de potager, d’énergie, d’eau, de voisins et d’organisation familiale plutôt que de bunker et d’armes.

Pour moi, la vraie autonomie ne consiste pas à tout produire seul ou à vivre coupé du monde.

La vraie autonomie consiste à être capable de choisir ses dépendances plutôt que de toutes les subir.

Nous aurons toujours besoin des autres. Nous aurons toujours besoin d’un médecin, d’un artisan, d’un agriculteur, d’un fournisseur, d’une entreprise ou d’un service public.

Mais nous pouvons éviter de dépendre totalement d’un seul revenu, d’une seule source d’énergie, d’un seul magasin ou d’un système que nous ne comprenons plus.

Comprendre les crises sans vivre dans l’attente de l’effondrement

La collapsologie, notamment à travers les travaux de Pablo Servigne, apporte selon moi de bonnes clés de lecture pour comprendre ce qui nous attend.

Elle permet de relier plusieurs crises que l’on regarde trop souvent séparément :

  • les changements climatiques ;
  • les problèmes d’énergie ;
  • les tensions sur l’eau ;
  • la fragilité de notre alimentation ;
  • la dégradation des services publics ;
  • les tensions sociales et économiques.

Je ne veux pas utiliser ces constats pour vivre dans la peur ou attendre l’effondrement.

Je veux les utiliser pour rendre ma vie plus solide dès maintenant et apprendre à traverser les crises qui risquent de se multiplier.

C’est pour cela que je préfère parler de résilience locale plutôt que de survivalisme.

Le débat entre la ville et la campagne n’a pas vraiment de sens

Au fond, le débat entre la ville et la campagne n’a pas vraiment de sens.

Ce qui compte avant tout, c’est votre état d’esprit et la manière dont vous organisez votre vie.

Vous pouvez habiter à la campagne et prendre votre voiture sans arrêt pour aller acheter chaque petite chose à plusieurs kilomètres. Dans ce cas, autant rester en ville.

À l’inverse, vous pouvez habiter dans un appartement, participer à un jardin partagé, connaître vos voisins et acheter une grande partie de votre alimentation auprès de producteurs locaux.

La solution la plus pérenne est celle qui vous rend plus indépendant et plus libre sans nuire à votre écosystème.

Il est tout à fait possible d’acheter et de consommer 80 % de ses besoins, à condition que la valeur créée pour les financer soit vertueuse et que l’argent soit orienté vers des personnes ou des entreprises que l’on souhaite réellement soutenir.

C’est là que la notion de consom’acteur prend tout son sens.

Nous votons aussi avec notre argent. Chaque achat finance une manière de produire, de travailler et d’organiser la société.

Nous perdons des savoir-faire qui nous rendent toujours plus dépendants

Nous avons gagné énormément de temps et de confort grâce à la technologie.

Le GPS, Amazon Prime et maintenant ChatGPT peuvent nous rendre incroyablement efficaces.

Mais chaque fois qu’un outil réfléchit, cherche, livre ou s’oriente à notre place, une compétence peut s’atrophier.

Le problème n’est pas l’outil.

Le problème, c’est de ne plus savoir fonctionner sans lui.

Avec le GPS, nous ne regardons plus une carte. Avec Amazon, nous n’apprenons plus forcément à réparer ou à chercher une solution locale. Avec ChatGPT, nous pouvons finir par ne plus prendre le temps de réfléchir, d’écrire ou de chercher par nous-mêmes.

Je ne dis pas qu’il faut arrêter d’utiliser ces outils. Je les utilise moi-même.

Mais il faut continuer à se former en permanence, à expérimenter et à conserver des compétences réelles.

Faire un stage, apprendre auprès d’un voisin, regarder travailler un artisan, cultiver quelques légumes ou réparer un objet permet de reprendre un peu de contrôle.

La liberté et l’indépendance comme boussole

De mon côté, à la campagne, l’indépendance et la liberté dictent une grande partie de mes choix.

Je me pose régulièrement une question simple :

Pourquoi est-ce que je fais cela, et est-ce que cela me conduit vers davantage de liberté et d’indépendance ?

Lorsque j’isole ma maison, je réduis mes charges et ma dépendance à l’énergie.

Lorsque j’installe des panneaux solaires, je produis une partie de mon électricité.

Lorsque j’achète un terrain, un local ou du matériel, j’investis dans un actif qui peut m’être utile pendant longtemps.

Lorsque je fais mon bois, je réduis le coût de mon chauffage.

Lorsque j’apprends à faire du pain, à élever des poulets ou à cultiver des légumes, je récupère une compétence qui répond à un besoin primaire.

Ce n’est pas une recherche d’autarcie.

C’est une recherche permanente de liberté de choix.

Accumuler cinq formes de capital plutôt que du matériel survivaliste

Les survivalistes accumulent souvent du matériel.

Moi, je préfère accumuler cinq formes de capital : physique, matériel, intellectuel, social et financier.

Le capital physique

Le premier capital, c’est notre corps.

Il repose sur :

  • la santé ;
  • l’activité physique quotidienne ;
  • le sommeil ;
  • une alimentation correcte ;
  • la capacité à supporter un effort ou une période difficile.

Sans santé, toutes les autres formes d’autonomie deviennent beaucoup plus compliquées.

Le capital matériel

Le capital matériel, c’est disposer d’un logement supportable financièrement et adapté à ses besoins.

C’est aussi avoir :

  • un accès à l’eau, grâce à une source, un puits ou des réserves ;
  • une solution énergétique ;
  • des outils ;
  • un potager ;
  • un peu d’espace ;
  • des équipements fiables et réparables.

L’objectif n’est pas d’avoir le plus grand logement ou le plus de matériel possible. L’objectif est d’avoir ce qui nous rend réellement plus robustes sans nous étrangler avec des charges.

Le capital intellectuel

Le capital intellectuel, ce sont les connaissances et les compétences que personne ne peut réellement nous retirer.

Savoir produire, réparer et comprendre.

Faire son pain, monter un four naturel, élever des poulets, entretenir un outil, comprendre son installation électrique ou apprendre à cultiver.

Je suis curieux et j’essaie d’apprendre en permanence, notamment sur les besoins les plus essentiels.

Le capital social

Le capital social, ce sont les voisins fiables, les amis, les artisans, les producteurs et toutes les personnes sur lesquelles nous pouvons compter.

J’enregistre régulièrement dans mon répertoire les bons plans, les compétences et les coordonnées des personnes que je rencontre.

Je préfère connaître quelqu’un capable de réparer une pompe, couper un arbre, soigner un animal ou produire de la farine plutôt que d’accumuler seul des centaines d’objets.

En cas de problème, ce réseau peut avoir beaucoup plus de valeur qu’un stock.

Le capital financier

Enfin, le capital financier repose pour moi sur plusieurs principes :

  • avoir peu de dettes ;
  • ne pas conserver inutilement trop d’argent qui dort en banque ;
  • diversifier ses sources de revenus ;
  • investir régulièrement dans des choses utiles ;
  • réduire progressivement ses charges fixes.

C’est ici que certains peuvent me trouver capitaliste.

Ils n’ont pas complètement tort : j’investis pour créer de la valeur, développer mes projets et améliorer mon indépendance.

Mais j’essaie d’orienter cet argent vers des choses qui ont du sens : un terrain, un bâtiment, une entreprise, de l’isolation, des panneaux solaires, du matériel ou des projets capables de produire une valeur réelle.

Si tout le monde faisait comme toi, l’économie s’effondrerait

On me dit parfois :

« Mais si tout le monde faisait comme toi, l’économie s’effondrerait. »

Je ne pense pas.

Je continue d’acheter ce que je ne sais pas ou ne souhaite pas produire : de la farine, de la bière, des croissants, des outils, des matériaux et beaucoup d’autres choses.

Je ne veux pas supprimer les échanges. Je veux leur redonner du sens.

C’est comme cela que les économies locales fonctionnaient autrefois et fonctionnent encore dans beaucoup de pays.

En Thaïlande, par exemple, le producteur de riz peut acheter ses fruits chez son voisin. Chacun se spécialise, produit quelque chose d’utile et échange avec les autres.

La différence est que la production et la consommation restent proches, visibles et compréhensibles.

Nous avons retiré l’effort avant la récompense

Pour moi, notre monde a basculé lorsque nous avons progressivement retiré l’effort avant la récompense.

Je ne dis pas qu’il faut souffrir inutilement ou refuser le progrès.

Mais nous avons supprimé tellement d’étapes entre notre envie et sa satisfaction que nous perdons parfois le goût, les compétences et la patience qui allaient avec.

Nous voulons un produit : il arrive le lendemain.

Nous voulons manger : un livreur sonne à la porte.

Nous voulons une réponse : une intelligence artificielle nous la donne immédiatement.

À force de supprimer l’effort, nous risquons aussi de supprimer la fierté d’avoir appris, fabriqué, attendu ou réussi.

Ma troisième voie n’est donc ni le retour forcé dans le passé, ni le refus de la technologie.

Elle consiste à utiliser le progrès sans lui abandonner toutes nos compétences, et à reprendre progressivement le contrôle des besoins qui comptent vraiment.

Conclusion : choisir ses dépendances plutôt que les subir

Ce qui me gêne souvent en France, c’est cette obligation de choisir un camp.

D’un côté, les bobos écolos. De l’autre, les survivalistes parfois proches des discours les plus radicaux. Si l’on entreprend, investit et gagne de l’argent, on devient rapidement un méchant capitaliste. Mais si l’on se laisse complètement porter par le système, au détriment de ceux qui le financent, on devient un « cassos ».

Personnellement, je ne me reconnais dans aucune de ces deux caricatures.

Je préfère chercher des solutions concrètes, les expérimenter chez moi et proposer des actions plutôt que de passer mon temps à désigner des coupables.

C’est cette troisième voie que j’essaie de construire : entreprendre, investir et créer de la valeur, mais dans des projets qui renforcent réellement notre liberté, notre autonomie et notre territoire.

On peut appeler cela du capitalisme vertueux, même si je préfère finalement parler de capitalisme responsable ou de capitalisme à impact.

Le capitalisme responsable, ce n’est pas simplement gagner de l’argent en faisant un peu moins de mal.

C’est investir dans ce qui augmente réellement :

  • notre autonomie ;
  • notre qualité de vie ;
  • nos compétences ;
  • la solidité de nos relations ;
  • et la qualité du territoire dans lequel nous vivons.

C’est aussi accepter de renoncer à certaines opportunités rentables lorsqu’elles détruisent précisément ce que nous cherchons à préserver.

Dans cet équilibre, j’aime particulièrement un trio : expérimenter, valoriser et partager.

Expérimenter les solutions chez soi, plutôt que de simplement donner des leçons.

Valoriser ce qui fonctionne, les savoir-faire, le travail, les producteurs, les artisans et les projets utiles.

Partager ensuite cette expérience pour permettre à d’autres de se l’approprier, de l’améliorer ou de l’adapter à leur propre vie.

Je ne prétends pas pouvoir vivre seul, produire toute ma nourriture, fabriquer tous mes outils ou me passer complètement de la société.

On peut réduire ses dépendances. On ne peut pas les supprimer.

La vraie liberté ne consiste donc pas à vivre en autarcie. Elle consiste à mieux comprendre nos dépendances, à les diversifier et à choisir autant que possible les personnes, les entreprises et les systèmes auxquels nous souhaitons confier nos besoins essentiels.

Comme une fourmilière, notre civilisation repose précisément sur l’interdépendance.

Le véritable enjeu n’est pas de se préparer à vivre contre les autres. Il est de redevenir suffisamment solide, compétent et libre pour mieux vivre avec eux.